Tandis que j’appelle à renverser le gouvernement


J’aimerais me hisser et m’extirper loin du vacarme, du tintamarre. Je scande des slogans, les propos sont soignés, et, dans la meute avançant, un parmi tant, j’attends que se détournent les regards pour lever les yeux au ciel; j’aimerais qu’on me pèche, qu’on m’indique ma place, je la sais bien loin du tumulte, dans ces zones nuageuses. Je rêve d’être béat. Silencieux. Délesté. (Ma chaire aspire au bien être, elle m’est inconfortable et sitôt que l’esprit fuit, elle le rappelle à l’ordre, le plaque et le bâillonne.)  Me fondre et disparaître ou me laisser couler, submerger, sans crainte. Je rêve parfois de vieux jours bavant et hors de tout, l’oeil dilaté, le proche aussi flou que l’horizon. Il est si aisé de s’écrouler, une fois au sol, l’inertie rigidifie le corps, qu’importe la stature. (Je suis comme ces passants qui détournent leurs yeux, honteux de voir chez l’autre qui gît l’humanité semblable, celle qui ronge la corde qu’ils s’efforcent de suivre, par habitude, parce que pas le choix, c’est ça ou rien.)

LîvreE

 

Nadine avait appelé le matin même, pour l’aider à déblayer l’appartement de son frère.
« Tu sais Émilien était fou, vers la fin. Il accumulait un bazar monstrueux, regarde moi l’état de ses bouquins »
Elle tira au hasard un livre.
« Histoire de l’individualisme »
Sur la couverture était griffonné à la main le mot « LîvreE » avec un accent et deux e. Elle était parsemée de petits trous, comme s’il l’avait attaquée à coups de compas.

« Aucun sens, regarde. À croire qu’il ne savait même plus écrire. Il était brillant, pourtant. »
Elle souriait.

« Le pire, c’est que personne ne savait qu’il était mort. On l’a découvert au bout de trois semaines »
Elle agita sa main devant son nez pour indiquer une mauvaise odeur.
« Ici »
Elle me montra la salle de bain
« Il a sans doute fait un arrêt cardiaque dans son bain et a tenté de sortir »
La baignoire était sale comme le reste de la pièce, sous cette même couche de poussière qui enveloppait les livres.
« J’ai toujours dit qu’il lui fallait une femme. Quand ma mère est morte, j’ai pas eu le courage de l’assumer. Il lui fallait une femme, c’était pas mon boulot  »
Bruit de verre brisé.
« Meeerde »
Le grand miroir de l’entrée était tombé
« Enfin, c’était de la camelote. Le miroir de sa chambre d’ado, il l’avait repris à la mort de la mère. »

« Bon, tout n’est pas perdu. Va falloir tout nettoyer. On va mettre ses bouquins en brocante. Et puis, reste la Twingo. Christophe pense en tirer 1500€, il va la descendre sur Marseille. Il roulait pas sur l’or. RSA depuis des années ! »
Je glissai discrètement le livre dans mon sac.

Je râle, je peste

Dans mes artères s’écoule une grande violence. De celles qui font trembler les membres et serrer les dents. Celles qui condamnent la raison au supplice du mutisme. Je crois que je hais, un peu, chaque jour, et comme je hais, je n’estime plus autrui, comme je hais, toute humanité à l’arrêt, le pied brisé, j’aimerais me laisser aller, m’oublier pour mieux aimer, finalement.

(Je veux tant retrouver un peu de ma douceur inconditionnelle.)

Il y a dans le calme des machines éteintes la rémanence de leur souffle chaud, celui d’avoir bien lutté, et l’écho lointain de ces voix qui s’élèvent contre tout, le fantôme du grabuge qui hante ma propre chambre.

Ma tête tourne parfois, quand je sais plus où regarder, mes yeux cherchent où se poser, le reste reste flou. J’ai peur. J’ai peur des rues larges et désertes, peur des chemins escarpées, du vide et du plat.

(« L‘érosion grignote les monts » voilà une métaphore exagérée, faussement bien trouvée mais qui ne trompe pas, puisqu’entendue, elle et ses semblables, bien trop de fois, à en laisser derrière elle le goût amer du prémâché, de la « bonne » idée )

À chaud : Image figée

 

Image publiée en une par le journal Libération du Jeudi 6 Avril 2017

Il y a dans ces images un bruit sourd, assommant. Comme celui qui suit la mort mais précède sanglots et colère. Celui qui nous laisse vide, le regard fixe, quand la conscience se tait, quand on se retrouve vidé de toute substance face à l‘inimaginable.
Depuis le début de ce conflit, de nombreuses images m‘ont coupé le souffle

Un tas d‘enfants. Un tas d‘enfants. C‘est un « tas d‘enfants ».

Quand le corps n‘abrite plus la vie, il devient effrayant. Quand il n‘est plus que matière, on se retrouve face à l‘impossible, l‘incompréhensible. Quand c‘est celui d‘un enfant. Bordel, comment penser le corps sans vie d‘un enfant ? Comment penser qu‘hier encore, il avait la vie devant lui ? Cette vie injustement volée à ces immortels, qui auraient dû vivre une courte éternité.

Quel frisson d‘effroi et de rage quand je découvre encore la réalité du massacre syriens, chaque jour plus violent, chaque jour plus ignoble.
La mort, d’un souffle glacial, éteint, fige l’instant, comme l’image sur le papier glacé.

Il faut un premier article

Je reprends possession de mon espace Web en faisant des adieux émouvants à mon ancienne plateforme codée par mes soins entre 2008 et aujourd’hui. Quelle tristesse. Me voici sur WordPress, en train de tourner la page à 9 ans de code mal écrit et rafistolé.

Pourquoi reprendre un blog ? Plusieurs raisons. D’abord, il y a l’actualité, pas très joyeuse, j’ai donc envie de m’exprimer et partager quelques idées à ce propos. Ensuite, l’informatique (qui fait pâle figure à côté) j’ai quelques tutoriels à proposer.